Samedi 16/11/2019
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Quand Jean-Yves Le Drian vient chez Jean-Pierre rencontrer les Bretons de New York

Quand Jean-Yves Le Drian vient chez Jean-Pierre rencontrer les Bretons de New York

Les Lorientais, Jean-Yves Le Drian et Jean-Pierre Touchard avec la consule et Brestoise, Anne-Claire Legendre, réunis devant le Tout va bien à New York. Cette scène unique a provoqué une joyeuse bousculade à la sortie du légendaire restaurant. Marie Le Blé / The Daily View.

AMARRAGE. C'est en véritable star que Jean-Yves Le Drian a été accueilli dans le fief des Bretons de New York au Tout va bien, restaurant mythique tenu par Jean-Pierre Touchard, autre personnage Lorientais chez qui le ministre des Affaires étrangères est venu regoûter un peu à sa Bretagne.  

By Marie Le Blé ...
Créé le 30/03/2019, 18 h 20 - Modifié le 03/04/2019, 19 h 42

S'il y a bien un ministre dont la popularité ne faiblit pas alors que nombre de politiques sont aujourd'hui honnis, c'est bien lui d'autant qu'il s'agit, en plus, du numéro trois du gouvernement. De quoi, par les temps qui courent, en réjouir certains.

Malgré une communication bien verrouillée, le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, aime à passer entre les gouttes pour toujours revenir à ses bonnes habitudes dont il avoue lui-même qu'elles l'aident à faire face où qu'il soit, à savoir son perpétuel retour aux sources.

Presque en voisin 

C'est de nouveau chose faite ce samedi après-midi lorsque descendant d'une grosse Cadillac blindée noire en plein Manhattan, le serviteur de l'Etat pousse, presque en voisin, la porte du Tout va bien, restaurant connu pour être le QG des Bretons de New York et du reste de la terre.

Petit détail et pas des moindres, le patron de la place, Jean-Pierre Touchard a, comme lui, vu le jour dans le quartier de Keryado à Lorient. 

Président du Conseil de sécurité 

Arrivé jeudi pour présider le Conseil de sécurité des Nations Unies dont la France a eu la charge pour le mois de mars, le ministre, encore à Berlin deux jours plus tôt, a la tête pleine et l'agenda bien rempli. 

L'enjeu est de taille car le jour même, il fait porter sa voix pour l'adoption d'une résolution pour la lutte contre le financement du terrorisme. 

" No money for terror ", explique Jean-Yves Le Drian le lendemain devant un parterre de journalistes à la Mission permanente de la France auprès des Nations Unies, reprenant l'expression consacrée à cette initiative " impulsée, rappelle-t-il, par Paris." 

A bras ouverts
 
Est-ce l'envie de souffler ne serait-ce que quelques heures avant de replonger dans la grande cuisine du monde qu'il connaît pourtant fort bien ou ce besoin incompressible de toujours retrouver les siens ? Sans doute un peu des deux.
 
Connu comme le loup blanc de part et d'autre de l'Atlantique, Jean-Pierre, l'oeil bleu malicieux et le sourire toujours généreux attend, costume noir sur chemise blanche, cheveux tirés en queue de cheval, discrètement, assis comme chaque jour sur un haut tabouret au bout de son bar. 
A l'arrivée de son émérite convive, c'est en patriarche et à bras ouverts qu'il reçoit son compatriote dans une salle déjà archi-bondée. 
 
Finale de Guingamp
 
Les Bretons de New York n'ont en effet pas oublié le passage mémorable de leur ministre l'an passé au Baratin, chez Mickael, bon sang ne saurait mentir, le fils du tenancier où il avait été invité par BZH New York à un concours de dégustation de kouign-amann. 
 
Cette fois, c'est pour suivre en direct la finale de la coupe de la Ligue de football entre En Avant de Guingamp et Strasbourg qu'en passionné de ballon, le Lorientais a été convié.
 
Face à lui, deux longues tablées d'expatriés bretons, certains bombant le torse en maillots rouge et noir, couleurs du club, tout en rivalisant d'audace avec les adversaires du jour, des copains strasbourgeois habillés de bleu et exhortés à venir faire la fête en présence de l'illustre invité. 
 
Remontés à bloc
 
Plusieurs journalistes venus tout spécialement de France pour le suivre dans le cadre de sa mission à l'ONU assistent ébaubis au spectacle dont ils ne veulent pas perdre une miette.
 
Dans son costume de ministre, Jean-Yves Le Drian tente néanmoins de se prêter au jeu des questions, sa chargée de communication assise à sa droite, la Brestoise, Anne-Claire Legendre, première femme nommée consule générale de France à New York à sa gauche, au milieu de " pays " remontés à bloc.
 
Appareils photos et caméra sautillent de joie même si, " com " oblige, selon la grande tendance du moment, on est un peu moins dans la spontanéité de la visite bien que " privée " de l'an dernier.
 
Pâtée fait maison
 
Les élections européennes approchent et le fort climat de crise que connaît la France pousse sans doute le ministre en vue qu'il est à redoubler d'effort notamment à l'étranger.
 
"Le Président Macron nous demande de faire de la territorialisation, et bien, on est en plein dedans ", lance soudain, Jean-Yves Le Drian, mi-sérieux, mi-amusé. 
 
Par la grâce de Dieu, le pâtée de campagne fait maison et ses cornichons ramènent le Breton à ses convictions. " C'est très bon, commente-t-il goulument, entre deux bouchées. Je connais bien cet endroit. Je venais même ici avant d'être nommé ministre." Tout est dit.
 
Pluméliau, Langueux, Arradon
 
Alors que le coup d'envoi approche, l'un des piliers de BZH New York, Laurent Corbel, prie le ciel après quelques petites avaries de branchement pour que la transmission se passe au mieux tandis que les fidèles du club des Côtes d'Armor autant que de leur ministre s'approchent de la table de ce dernier pour lui demander parfois timidement une photo.
 
" Je suis de Pluméliau et j'ai couru plusieurs fois le marathon de New York  le maillot de Guingamp toujours sur le dos, annonce Philippe. Je suis venu avec mon ami, Antoine, qui est de Langueux dans les Côtes d'Armor et prof au lycée français de New York. Cela ne vous ennuie pas, M. Le Drian si on fait un selfie avec vous ? " Le ministre se lève bon enfant.
 
" C'est pour sa maman "
 
Arrive ensuite Alan, grand habitué de BZH à qui Jean-Yves Le Drian fait même une place sur sa banquette. " S'il peut faire une photo avec vous, c'est pour sa maman ", atteste, tout sourire, Laurent Corbel, lui-même originaire d'Arradon, en pays vannetais.
" Je rencontre des Bretons dans tous les pays où je me rends, assure avec bonheur le distingué concitoyen. Ils sont partout et à chaque fois, il y a cette simplicité et cette affection dans le contact. " 
 
Bro gozh ma zadoù
 
Comme Jean-Yves Le Drian s'est promis de repartir à la mi-temps, la surprise lui arrive du restaurant où on lui apporte soudain la coupe des vainqueurs. La salle s'embrase tandis que les portables s'emparent de l'événement devant une consule hilare. " C'est ce qui s'appelle tuer le match", plaisante l'intéressé en brandissant le trophée.
 
Mais le clou du spectacle survient peu avant la rencontre lorsque l'ancien président de la région Bretagne se lève pour chanter l'hymne breton entonné par une chorale improvisée avec à sa tête sa chargée de communication, Bretonne elle même, " pur hasard ", jure-t-elle, tandis que le Bro gozh ma zadoù (Vieux pays de mes pères) si cher à la communauté est repris avec vigueur par le reste de l'assemblée.
" Je ne parle malheureusement pas la langue, regrette seulement le Lorientais pur jus en se rasseyant, mais je vis avec. "
 
SMS à Noël Le Graët  
 
Au premier coup de sifflet, Jean-Yves Le Drian ne lâche plus l'écran des yeux sauf à reprendre un court instant son portable pour y tapoter quelques mots. " Je viens d'envoyer un SMS à Noël Le Graët ", prévient-t-il pas fâché de pouvoir taquiner le président de la Fédération française de football (FFF) originaire des Côtes-d'Armor.
 
On n'en saura pas plus sur le contenu du message et encore moins sur la réponse du natif de Bourbiac.
Quelques occasions manquées soulèvent l'émoi général et l'étonnement à coups de " c'est dommage " du passionné de foot devant des Strasbourgeois en liesse à qui Jean-Pierre, bon joueur, a même préparé des choucroutes pour l'occasion. 
 
La France paraît si loin
 
Mais le temps passe et il va bientôt falloir repartir. Le téléphone du ministre se met à crépiter le ramenant aux dures réalités de sa fonction. A cet instant, la France et ses problèmes paraissent pourtant si loin.
 
La 20e mobilisation des Gilets jaunes vient de prendre fin pendant que LREM fait son grand raout dans la perspective des élections européennes. Mais alors qu'un journaliste l'interroge sur la situation, c'est par le silence que le ministre répond.
 
Sujet tabou
 
Quant à savoir si en tant que mandataire de la France, il peut être interpellé par des représentants des Nations Unies dont le Haut-commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a récemment demandé une " enquête approfondie " sur les conditions du maintien de l'ordre lors des manifestations, son visage se referme. La question est brûlante. La réplique l'est moins. Sur un ton presque attristé, ce sera " non."
 
La conseillère en communication reprend aussitôt la main. Pas un mot de plus. Sujet tabou.
 
Trois nouveaux noms attendus 
 
L'agenda parisien est de plus très chargé ce week-end. Est-ce ce à quoi l'homme politique réfléchit ? 
Trois nouveaux noms dont un pour le poste de secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes - et non plus de ministre dont il avait eu aussi la charge -  sont attendus après le départ de Nathalie Loiseau comme tête de liste de LREM pour les élections européennes, puis du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, et du secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, partis tous deux briguer la mairie de Paris. 
 
" Il représente la Bretagne "
 
Mais au QG des Bretons de New York, le nouveau monde et ses turbulences n'ont pas leur place en cette journée de retrouvailles. L'éloignement ? Pas sûr mais sans doute aussi l'envie de se changer les idées. A peine se lève-t-il de table que des dizaines de portables reprennent du service, les fans du ministre lui bloquant même le passage.
 
" Il représente la Bretagne, sourit avec bonheur Catherine, une jolie Paimpolaise, agent immobilier à New York où elle s'est installée il y a trente ans. C'est même lui qui nous a appris le décès de notre ancien maire. On n'était pas au courant. " 
 
" Le bonjour à vos parents "
 
Débarquée, il y a trois ans de Morgat, célèbre village thonier de la commune de Crozon, Agathe, jeune consultante en Ecommerce, attend aussi ton tour pour la photo. " Vous passerez le bonjour à vos parents ", lui lance amicalement Jean-Yves Le Drian quand la jeune fille lui raconte avoir échangé sur Skype, le jour-même, avec sa famille.
 
Bain de foule
 
Après cette immersion au goût salé et ses inquiétudes quant à l'issue du match qui verra finalement Guingamp s'incliner, le ministre rejoint sa voiture officielle, requinqué.
 
Un bain de foule avec Jean-Pierre, le maître des lieux sous la mémorable enseigne rouge, frôle la bousculade tant les Bretons se pressent pour immortaliser l'instant qui réunit les deux personnages. Et voilà notre ministre prêt à repartir entouré par la foule massée maintenant sur le trottoir.
 
" Kenavo "
 
" Il me reste encore quelques heures pour discuter avec la France et travailler sur mes dossiers ", s'excuse presque Jean-Yves Le Drian en se faisant ouvrir la lourde porte de son véhicule par un très sérieux agent du Secret Service américain, puis adresser un inmanquable " kenavo ! " Bretagne, quand tu nous tiens...
 

Direction Dinard pour le G7 des ministres des Affaires étrangères

Si son escapade de quelques heures pour retrouver ses compatriotes à New York n'est pas passée inaperçue, c'est surtout à l'ONU que Jean-Yves Le Drian a été bien sûr le plus attendu. 

Arrivée la veille pour présider le Conseil de sécurité, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'est livré à un point presse, vendredi, au 44e étage de la tour abritant la Mission permanente de la France auprès des Nations Unies en présence de l'ambasseur, François Delattre. Marie Le Blé / The Daily View.

Le maintien de la sécurité au Sahel et au Mali, la situation en Irak et en Syrie en dépit de l'éradication annoncée de Daech, la lutte contre le changement climatique, la protection du personnel humanitaire et médical oeuvrant pour les ONG... 

Autant de sujets passés au peigne fin avec ses pairs alors qu'il assure la présidence tournante du Conseil de sécurité au nom de la France, membre permanent de l'institution avec la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et les Etats-Unis. 

Polémique balayée

Lors d'un point presse vendredi peu avant sa rencontre avec le Secrétaire général des Nations Unis, António Guterres, le ministre des Affaires étrangères n'a d'ailleurs pas hésité à balayer d'un revers de main la polémique née dans les rangs de l'opposition en France sur une présidence un peu trop partagée avec l'Allemagne.

Une présence coordonnnée a en effet été prévue avec Heiko Maas, son alter ego allemand. 

Multilatéralisme affiché

Face à quoi, Jean-Yves Le Drian a défendu des sujets de discussion communs avec son voisin européen tels qu'un soutien ferme et définitif du multilatéralisme. 

Les deux ministres étaient même attendus ce mardi à l'université Colombia à New York pour animer une conférence sur ce thème et celui de la sécurité collective. 

Relations parfois " compliquées " 

Une position qui pourrait aussi expliquer des relations parfois "compliquées " avec les Etats-Unis déjà peu portés sur la grosse machine onuséenne et les rouages du " multilatéralisme ", au grand regret du ministre des Affaires étrangères. 
 
Sur la reconnaissance récemment par Donald Trump de la souveraineté d'Israël du plateau du Golan, le président temporaire du Conseil de sécurité est clair : " Cette décision est unilatérale, inopportune et contraire au droit international. " Fermez le banc. 
 
Route de la soie, Russie, Algérie

Le ministre a aussi évoqué le poids de la Chine et son gigantesque projet de Route de la soie mais aussi les vétos successifs de la Russie aux décisions votées par l'ONU et bien sûr, les élections en Algérie... 

Suite de son périple américain avec une visite de deux jours à compter de mercredi à Washington DC où Jean-Yves Le Drian a prévu d'assister à une réunion de l'OTAN consacrée au maintien de la paix ce, alors que l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord fête tout juste ses 70 ans. 

L'anniversaire sans le gâteau

L'alliance politico-militaire, créée au début de la guerre froide, qui enregistrait 12 membres à sa naissance, le 4 avril 1949, en compte  aujourd'hui 29 dont les Etats-Unis, pilier financier de l'organisation.
 
Son secrétaire général, Jens Stoltengerd, a été accueilli, mercredi, par le Congrès devant lequel il a dénoncé " l'affirmation de la Russie " tout en appelant à " l'unité. "
 
Anniversaire mais sans le gateau car, la veille, à la Maison Blanche, le représentant de l'OTAN a été reçu assez fraîchement par son hôte, Donald Trump, qui est revenu à la charge sur le financement de l'organisation par les Etats-Unis qu'il considère toujours trop élevé. 
 
Rendez-vous avec Mike Pompeo 
 
Venu chercher du soutien chez son allié, Jens Stoltengerd, a déclaré qu'il ne cherchait pas à repartir dans une " guerre froide. " 
 
De quoi donner du grain à moudre ou du fil à retordre à Jean-Yves Le Drian pour qui une rencontre est prévue ce jeudi avec son homologue, Mike Pompeo, au Département d'Etat. 
 
Petite consolation s'il en est, l'infatigable Lorientais fera ensuire son retour au pays dès vendredi pour participer à un G7 des ministres des Affaires étrangères qui prendra place, vous ne rêvez pas, à Dinard.
 
 

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Galerie photos

Souvenirs en images de précédents voyages à New York que le Tout va bien offre à son compatriote en cadeau de bienvenue. Marie Le Blé / The Daily View.
Les maillots rouges sont plus que prêts pour le coup d’envoi. L’ambiance est plus le long des tables que sur grand écran. Marie Le Blé / The Daily View.
Les maillots rouges sont fin prêts. L’ambiance surchauffée est bientôt plus autour des tables que sur l'écran. Marie Le Blé / The Daily View.
“ Il nous rapproche tous “, déclare Catherine de Paimpol (au premier plan). L’occasion avec sa soeur Sophie (à gauche) de retrouver aussi d’autres compatriotes. Marie Le Blé / The Daily View.
C’est en fier Breton que Jean-Yves Le Drian s’est levé pour entonner l’hymne breton peu avant le coup d'envoi. Marie Le Blé / The Daily View.
L’ambiance n’est pas moins à la fête du côté des Strasbourgeois à qui Jean-Pierre a même fait servir des choucroutes. MLB / The Daily View.
Un journaliste reporter d’images de France 2 ne manque pas une miette de cette emblématique journée. MLB / The Daily View.
Philippe, le marathonien de Pluméliau s’approche tout heureux de Jean-Yves Le Drian pour lui demander un selfie. MLB / The Daily View.
Le ministre et la consule sont heureux de se prêter au jeu des photos ici avec Antoine, originaire de Langueux et son ami,Philippe. MLB / The Daily View
Les yeux rivés sur l'écran, les Bretons suivent la finale dans ce mythique pied-à-terre ouvert il y a soixante-et-onze ans. MLB / The Daily View
Le ministre a fait une place à Alan sur sa banquette lequel est venu demander la photo pour “ sa maman “. MLB / The Daily View.
Les retrouvailles sont chaleureuses entre le Finistérien, Bernard Le Bris, de BZH New York et l'ancien président de la région Bretagne. MLB / The Daily View.
Arrivée de Morgat il y a trois ans, la jeune Agathe n'a pas résisté à prendre la pause avec le ministre Lorientais dont elle est fan. MLB / The Daily View.
C’est l’heure du départ. L’agent du Secret Service à ses talons, Jean-Yves Le Drian quitte ses concitoyens requinqué après un amical “ kenavo
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